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Au Centre d’accueil de demandeurs d’asile, des situations de plus en plus critiques, des travailleurs sociaux de plus en plus démunis

Je souhaite ici partager avec vous le témoignage d’une travailleuse sociale du CADA qui ne peut manquer de nous interpeler face à la situation de plus en plus dégradée des personnes qui arrivent en CADA.

« Le 6 juin dernier, nous avons accueilli M. B au CADA APPUIS. Ce Monsieur est arrivé à 11h accompagné d’un compatriote, alors qu’il avait été vu avec l’OFII, la veille, que nous le recevrions à 14h. Je l’ai tout de même accueilli immédiatement dans mon bureau avec la personne qui l’accompagnait. J’ai tout de suite vu que ce Monsieur était dans un mauvais état en le saluant. Monsieur  B était dans un état physique déplorable, n’ayant pas pris de douche depuis plusieurs jours et aussi très fatigué parce que dans la rue depuis 7 mois. Par le Monsieur  qui l’accompagnait et qui servait d’interprète, j’ai appris qu’il avait jeté ses affaires (vêtements, chaussures…) parce qu’il en avait assez de les « trimbaler » chaque jour avec lui ne sachant où il allait dormir. La première chose que j’ai faite, c’est de lui mettre sa chambre à disposition pour qu’il puisse se poser. En attendant nous lui avons fourni de quoi se laver, nous lui avons offert une collation et nous avons sollicité une association pour avoir des vêtements le jour même. Il avait l’air complètement perdu. Trois jours plus tard, l’ayant revu avec un de nos interprètes, je découvre qu’il n’a pas de CMU et qu’il n’a jamais vu un médecin depuis qu’il est sur le territoire. Il me répète plusieurs fois docteur, docteur…Sa demande est de voir un médecin au plus vite et pouvoir soigner ses dents. Il était heureux qu’on fasse sa CMU… Ce Monsieur, rom du Kosovo qui a subi toutes formes de discriminations dans son pays et qui n’a jamais était scolarisé  n’a pas su et n’a pas osé tendre la main vers…  et malheureusement il a été laissé pour compte même dans un pays d’accueil. »

Il y a encore quelques mois, nous n’avions jamais eu à faire face à de telles situations de détresse. Aujourd’hui, cette situation si elle nous choque, ne nous étonne plus et c’est grave !

Ma démarche est un signal d’alerte parmi d’autres. Des personnes qui arrivent en sollicitant une protection se retrouvent dans une situation de plus en plus difficile. Humainement, c’est très difficile pour tous et tout d’abord, bien sur, pour les solliciteurs d’asile. Mais ça l’est aussi pour les professionnels qui doivent faire face à des situations de plus en plus dégradées pour lesquelles une énergie supplémentaire doit être déployée avec par ailleurs, une augmentation du volume d’activité du à la réduction des effectifs de travailleurs sociaux et à l’accélération massive du taux de rotation (près du double par rapport à l’an passé sur la même période avec 48 nouveaux accueils au CADA APPUIS).