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Lettre d’information // Novembre 2015

LA FRANCE EN GUERRE ?

Je sais, APPUIS est une association sans but lucratif, laïque et apolitique. Cet engagement ne doit pourtant pas nous empêcher de réfléchir et de prendre position en matière de « politique » dans son sens premier, régir la vie de la cité, de la collectivité.

Et c’est dans ce cadre que je m’indigne alors qu’après les tragiques évènements de vendredi à Paris, j’entends le Président François Hollande dire que la France est en guerre, que nous serons impitoyables.

Devons-nous vraiment nous placer sur le même niveau où sont nos agresseurs ? Répondre par des fusils d’assaut, des grenades, une armée ? Cela veut dire quoi, être sans pitié ? La violence n’a jamais engendré qu’une autre violence et personne ne peut dire où s’arrêtera l’escalade. Pourtant, je l’ai déjà écrit, l’histoire donne les réponses et elles ne sont pas belles.

Ne devrions-nous pas, plutôt, chercher à comprendre et à stopper enfin les causes profondes de ces agressions ? Cette soi-disant guerre, c’est nous, les riches et prédateurs pays occidentaux, qui l’avons enclenchée quand nous sommes allés envahir l’Irak (sous un prétexte mensonger), quand nous sommes allés en Afghanistan. Et plus récemment en Libye, au Mali, en Centrafrique. Sous prétexte de venir en aide à des gouvernements que nous avons bien souvent mis en place et soutenus alors qu’ils œuvraient contre l’intérêt général dans leurs propres pays. Sans compter les ventes d’armes si bénéfiques à nos économies. Comment ne pas voir qu’un jour elles seraient retournées contre nous ?

Toutes ces interventions, qui ne datent pas d’hier et qui portaient jadis le nom de «colonialisme», ont mis en place d’énormes injustices, ont déstabilisé des régions entières. Nous avons imposé à leurs populations nos modes de pensée, nos modèles économiques, dans notre intérêt bien compris. Je suis absolument contre tout interventionnisme : chacun doit pouvoir décider lui-même comment il veut vivre.

Daech maintenant, Al Quaida avant, sont les enfants de ces interventionnismes. Je sais bien que ce n’est pas tout à fait aussi simple, mais tant que la violence répondra à la violence, elle ne cessera pas. Quand Daech sera liquidée sous les tonnes de bombes américaines, européennes et russes, un autre État rebelle se lèvera.

Je rêve d’un monde ou justice, égalité et humanisme primerait sur convoitise, enrichissement, rapacité. C’est la seule voie pour arrêter les brutalités et la violence qui risquent de nous entraîner vers l’impitoyable barbarie. Mais comment faire entrer cela dans la tête des décideurs ?

Je soutiens de tout cœur les paroles de Laurent, le Directeur général d’APPUIS, dans les mots qu’il adresse à l’ensemble des personnes qui œuvrent au sein de l’association.

André Schaeffer, président.

 

Message du Directeur Général aux forces vives d’APPUIS

Une nouvelle fois notre pays a été touché en son cœur de la manière la plus barbare et la plus inadmissible qui soit.

C’est d’abord en tant qu’homme que je souhaite m’adresser à vous. Je pense aux victimes innocentes, aux personnes meurtries dans leur corps et dans leur esprit, aux familles si durement touchées. Je pense également à nous tous car ces événements nous blessent également dans nos corps et dans nos esprits.

Face à cette douleur, la chaleur de nos liens et la solidarité de nos soutiens les uns envers les autres sont tout à fait indispensables.

En qualité de Directeur Général, je souhaite que nous nous associons au deuil national et que nous marquions notre solidarité à toutes les victimes de ces atroces attentats. J’invite toutes les équipes à respecter une minute de silence au moment où la Nation le proposera ou à tout autre moment vous permettant symboliquement de témoigner notre soutien collectif…

Difficile aussi, dans de si sombres circonstances, de distinguer toujours la flamme de l’espoir. Toutefois, ce qui est attaqué c’est notre conception du vivre ensemble, le quotidien, notre liberté, une certaine insouciance aussi qui ne semble plus possible à court terme…

Alors je repense aux paroles de Christopher McALL, le Directeur du CREMIS de Montréal qui est venu nous voir récemment au 132 rue de Soultz avec une équipe de chercheurs en sociologie. Il a exprimé l’idée que la société d’aujourd’hui et celle de demain se créent au lieu précis de la rencontre entre les professionnels du social et leurs usagers.
Je crois en cela, en l’idée que nous contribuons grandement à créer de la cohésion sociale et du possible au quotidien dans le vivre ensemble, tout juste là où nous accompagnons les publics qui sont les nôtres.

Et bien c’est cela, ce que nous créons, dont nous avons le plus besoin, dont notre société a le plus besoin, qui pourra nous protéger durablement de ces attaques ignobles et pas seulement un sursaut sécuritaire…
Alors je continuerai à mon niveau, aux côtés de toutes les forces vives de l’association, à tenter de construire une organisation globale et décloisonnée qui favorise l’action de création dont vous êtes toutes et tous un maillon indispensable.

Le monde change et nous devons changer avec lui. Il nous faut pour cela agir ensemble dans l’intérêt de tous. Merci à chacun et à chacune de contribuer à s’inscrire dans ce «faire ensemble» tellement nécessaire mais aussi tellement salutaire.

Laurent Konopinski, Directeur général