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ACTUALITÉ: Réfugiés afghans à Mulhouse, ils racontent


Ahmad et Rozina Khatibi sont arrivés à Paris en novembre 2021. Ils vivent à Mulhouse. Photo L’Alsace /F.M

Rozina et Ahmad Khatibi sont réfugiés à Mulhouse depuis décembre dernier, arrivés en France en novembre. Elle est journaliste de profession, il enseignait les sciences politiques à l’université de Herat, troisième ville du pays, près de l’Iran.


Témoignages.

Originaires d’Hérat


Rozina Khatibi présentait les informations, notamment sur la chaîne privée Maiwand TV. Capture d’écran Maiwand TV

« J’ai fui Hérat un mois avant la chute de Kaboul, en juillet 2021, parce que la situation s’était fortement dégradée. Je me suis rendue dans la capitale et y suis restée environ trois mois après l’arrivée des talibans », explique Rozina Khatibi, 29 ans, qui apprend le français mais préfère s’exprimer en anglais pour une interview. Son mari, Ahmad Khatibi, 35 ans, l’a rejointe quelque temps plus tard. Il était professeur d’université. Tous deux ont également travaillé comme journalistes pour les chaînes télévisées privées Ariana TV et Maiwand TV , elle y a présenté des journaux d’information. Ahmad avait également une activité journalistique, il suivait la politique au parlement. Privés d’emploi, ils ont quitté leur pays en passant au Pakistan, où ils ont obtenu un visa pour la France. « C’est difficile pour les journalistes de quitter le pays, mais j’ai pu bénéficier de l’aide de collègues français, j’avais fait des collaborations pour RFI (Radio France International). »

Envoyés à Mulhouse

Le couple n’est resté qu’un mois à Paris, l’Ofii (Office français de l’immigration et de l’intégration) les a envoyés rapidement à Mulhouse. Ils résident dans un petit appartement dépendant d’un Cada (Centre d’accueil pour demandeurs d’asile), à deux pas du marché. « Pour moi, bien sûr, la situation est très bonne, quand je pense à celles des femmes restées en Afghanistan : je ne peux pas imaginer ma vie là-bas, sans pouvoir travailler, sortir de chez moi, conduire… J’éprouve une grande peine pour ma famille et mes proches restés en Afghanistan, et pour toutes les femmes. Il n’y a pas de mot pour le dire. Mon cœur est resté là-bas, près d’eux, c’est mon pays, là où je suis née. »


Rozina contacte quotidiennement ses proches par WhatsApp. « Parfois, la connexion est mauvaise, mais j’arrive à avoir des nouvelles. » Sa mère, qui était fonctionnaire, a perdu son emploi. Elle a trois sœurs. L’une enseigne l’anglais dans une école privée et travaille encore mais ne sait pas pour combien de temps. Une autre est mariée et la plus jeune, lycéenne, ne peut plus aller en cours. Son père est décédé.

Dix ans de lutte perdus

« Les talibans ont détruit en un an ce que la société avait gagné en dix et si ça perdure, ce sera pire. Actuellement, nous n’avons guère de raison d’avoir de l’espoir. Il y a une résistance qui s’organise dans le Panjshir, mais ils ont peu de moyens. La situation économique est catastrophique, il n’y a plus d’éducation, plus de culture… Les talibans ne sont pas un groupe politique ou ethnique mais des gens qui n’acceptent pas la modernité et veulent imposer la vie traditionnelle à tous les Afghans. Le futur n’est pas brillant. »

Dans son travail quotidien de journaliste, Rozina a fait beaucoup de reportages sur la condition des femmes, les petites libertés qu’elles avaient progressivement acquises. Tout s’est effondré. « Les violences conjugales augmentent, il y a davantage de mariages forcés, avec des très jeunes filles… » Rozina et Ahmad, qui font partie de la classe aisée, regrettent que la plupart des Afghans acceptent cette situation. « Des femmes continuent à manifester dans la rue, avec beaucoup de courage. Mais la majorité de la population reste silencieuse, c’est un problème culturel. Certains y trouvent leur compte. » La jeune génération éduquée cherche des opportunités pour quitter le pays. Les plus âgés se résignent.

S’intégrer le plus vite possible

Rozina et Ahmad Khatibi sont sur le territoire français depuis neuf mois, ils sont dans une phas